Cinéma & scène
Massimo Rocchi et les arcades de Berne
08 July 2026 · Lecture éditoriale

À Berne, les arcades de la vieille ville forment bien davantage qu’un passage couvert. Elles composent un long espace public où se rencontrent l’architecture, les déplacements quotidiens et les petites scènes de la vie urbaine. Les associer à l’univers scénique de Massimo Rocchi permet d’observer la ville avec le même goût pour le détail, le rythme et les contrastes que celui qui caractérise son travail d’artiste.
Une ville qui se découvre en marchant
La vieille ville de Berne est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1983. Ses rues médiévales suivent en grande partie la topographie de la presqu’île formée par l’Aar. Les arcades, appelées localement Lauben, accompagnent les façades sur plusieurs kilomètres et permettent de parcourir le centre historique à l’abri du soleil ou de la pluie.
Leur intérêt ne tient pas uniquement à leur longueur. Elles modifient la manière de regarder la ville. Le promeneur avance entre la rue et les bâtiments, dans une zone intermédiaire où les vitrines, les portes, les enseignes, les fontaines et les entrées se succèdent à hauteur de regard. Un même itinéraire peut ainsi prendre des allures très différentes selon l’heure, la météo et la densité des passants.
Le quotidien comme matière d’observation
Le travail public de Massimo Rocchi repose notamment sur l’observation des comportements, des accents, des gestes et des malentendus. Né à Cesena, en Italie, il est devenu en Suisse une figure connue de la scène comique et théâtrale. Son univers s’appuie sur la circulation entre plusieurs langues et plusieurs cultures, avec une attention particulière portée à la façon dont les mots et les attitudes changent selon le contexte.
Les arcades bernoises offrent un décor particulièrement adapté à cette lecture. On y croise des habitants qui se rendent au travail, des étudiants, des visiteurs, des personnes qui s’arrêtent devant une vitrine ou qui cherchent leur chemin. La scène n’est pas organisée comme dans un théâtre, mais elle possède un rythme : accélérations, pauses, croisements et répétitions composent une chorégraphie discrète.
Dans une ville, les détails ordinaires deviennent souvent les meilleurs indices de son caractère.
Il ne faut toutefois pas présenter les arcades de Berne comme un lieu personnel officiellement associé à Massimo Rocchi sans source précise. Le rapprochement relève plutôt d’une lecture éditoriale : d’un côté, un espace urbain où les langues et les usages se côtoient ; de l’autre, un artiste qui transforme les différences de perception en matière scénique.
La pluralité linguistique au cœur du regard
Berne appartient à un environnement suisse où plusieurs langues nationales sont présentes dans la vie publique. La ville elle-même est principalement germanophone, tandis que le français occupe une place importante dans les échanges à l’échelle du canton, de la Confédération et du pays. Dans la vieille ville, cette pluralité se remarque selon les situations : conversations de passants, indications institutionnelles, groupes de visiteurs et rencontres entre personnes venues de régions différentes.
Massimo Rocchi est souvent associé à une pratique scénique multilingue qui joue sur les sonorités, les accents et les changements de registre. Cette dimension ne consiste pas seulement à traduire une phrase. Elle met en évidence la manière dont une langue peut modifier une intention, un geste ou une relation entre les interlocuteurs. À Berne, les arcades donnent un cadre concret à cette expérience de la coexistence linguistique.
Un parcours entre repères historiques et scènes ordinaires
Pour parcourir les arcades, on peut commencer près de la gare et avancer vers le centre historique. La tour de l’Horloge, ou Zytglogge, constitue l’un des repères les plus connus de la vieille ville. Plus loin, la tour de la Prison, la tour de la Cathédrale et les rues qui entourent la place Fédérale rappellent les différentes étapes du développement urbain de Berne.
L’intérêt d’un tel parcours ne se limite pas aux monuments. Les façades, les passages voûtés et les seuils invitent à ralentir. Un regard attentif peut se porter sur les proportions des bâtiments, les changements de lumière sous les arcades ou la façon dont les habitants utilisent cet espace. La ville se révèle alors par fragments, comme une suite de tableaux sans mise en scène officielle.
Cette approche rejoint l’esprit de l’observation comique : avant de chercher un grand événement, il s’agit de remarquer ce qui se répète. Une personne qui hésite devant une rue, un groupe qui change brusquement de langue, un passant qui adapte son allure à la foule ou une conversation interrompue par le passage d’un tram peuvent devenir des signes de la vie urbaine, sans qu’il soit nécessaire d’en tirer une conclusion définitive.
Un dialogue entre scène et espace public
Le théâtre de Massimo Rocchi se déploie devant un public réuni dans une salle, tandis que les arcades bernoises accueillent une multitude de spectateurs involontaires : les habitants et les visiteurs. Cette différence est essentielle. Dans la rue, chacun conserve son propre objectif et ne participe pas nécessairement à une représentation. Le parallèle permet seulement de comprendre comment le mouvement, la parole et le silence peuvent structurer un espace commun.
Les arcades donnent aussi une valeur particulière aux transitions. On passe de la lumière extérieure à l’ombre, d’une rue animée à un passage plus calme, d’un échange dans une langue à une conversation dans une autre. Ces changements successifs correspondent à une Suisse urbaine faite de circulations et de perspectives multiples.
Regarder Berne avec attention
Le lien entre Massimo Rocchi et les arcades de Berne doit donc être compris comme une invitation à regarder, et non comme l’affirmation d’une anecdote personnelle non documentée. La vieille ville fournit un cadre historique concret ; l’univers public de l’artiste offre une manière de prêter attention aux voix, aux gestes et aux décalages du quotidien.
En marchant sous les Lauben, on découvre une ville à la fois monumentale et familière. Les pierres, les fontaines et les façades racontent l’histoire de Berne, tandis que les passants en révèlent le présent. Entre ces deux dimensions, l’observation devient une forme de récit : sobre, multilingue et constamment renouvelé par la vie de la rue.